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Messe chrismale 2026 à Darney
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Cette année, la messe chrismale a été célébrée par Mgr Gourdon le mardi 31 mars 2026 en l'église Sainte-Madeleine de Darney.
La Semaine Sainte en 2026 a vécu l'un de ses temps fort à Darney en ce Mardi saint : la Messe Chrismale.
Cette célébration a réuni nombre de fidèles autour de Mgr Gourdon, en présence des prêtres et diacres du diocèse. L’évêque y a béni les deux premières Huiles Saintes (Huile des catéchumènes et Huile des infirmes / malades) et consacré le Saint Chrême, qui accompagneront tout au long de l’année les baptêmes, confirmations, ordinations et consécrations de lieux de culte. Ce temps fort de l'année était l'occasion également pour les prêtres et les diacres de renouveler leurs promesses sacerdotales et diaconales, signe fort de communion et de fidélité à leur mission.
Dans son homélie (ci-dessous), l’évêque invite chaque baptisé à être des êtres de contradiction dans notre monde face à la violence, à l'injustice..., à suivre davantage l'exemple du Christ pour être des témoins de « la paix du Christ ressuscité, une paix désarmée et désarmante, humble et persévérante, une paix qui vient de Dieu, de Dieu qui nous aime tous inconditionnellement » – comme l'exprime le pape Léon XIV.
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Crédit photos : Diocèse de Saint-Dié, Gabriel Loisy.
Homélie de Mgr Gourdon :
Il y a 30 ans, quasiment jour pour jour, sept moines trappistes étaient enlevés au monastère Notre-Dame de l’Atlas à Tibhirine, en Algérie. Ils seront exécutés, dans le cadre de la « décennie noire » – de 1992 à 2002 – qui marquera ce pays et qui verra la mort de 150000 personnes. Comme les douze autres religieux et religieuses qui seront béatifiés avec eux à Oran, en décembre 2018, au lieu de partir, ils avaient fait le choix de rester dans ce pays auquel ils avaient voué leurs vies, pour rendre témoignage à l’Évangile, au Dieu Amour révélé en Jésus-Christ. En vivant cette mission d’Église, au service de la paix et de la fraternité, ils étaient un signe de contradiction, dans un contexte de violence et de grande incertitude. Ils furent bien les disciples de ce Jésus, « le témoin fidèle, le premier-né des morts » qui a donné sa vie pour que tous les hommes puissent avoir part à la vie même de Dieu.
À notre tour, nous sommes convoqués pour être également des signes de contradiction dans notre monde, dans le contexte qui est le nôtre aujourd’hui, et qui est marqué par un certain climat de violence, pour reprendre les mots du Cardinal Aveline lors de son discours d’ouverture de notre assemblée des évêques de France à Lourdes, la semaine dernière : « La violence dans laquelle semble irrésistiblement devoir sombrer, année après année, le débat public, est croissante. Violence verbale d’abord, dans les hémicycles, sur les ondes ou les plateaux de télévision, et plus encore sur les réseaux sociaux. (…) Mais violence physique aussi, notamment avec la mort du jeune Quentin, il y a quelques semaines, en marge d’une conférence politique à Lyon. Notre société a un grand besoin d’apaisement. C’est souvent ce que nous disent les catéchumènes dans les lettres qu’ils nous envoient. Car la violence est partout, faisant chavirer, pour un rien, les barques de bien des vies ». Notre vie ecclésiale est, elle aussi, marquée par des clivages qui abiment nos communautés et nos liens de fraternité, entre nous et avec les autres.
Être signe de contradiction, dans ce contexte-là, consiste à mettre plus résolument nos pas dans ceux de Jésus. « Envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération (…), remettre en liberté les opprimés », il a parcouru les routes de Palestine pour révéler la puissance d’amour de Dieu pour les hommes. Il nous entraîne, à sa suite, à témoigner de la présence agissante de Dieu, dans nos villages et nos quartiers, en étant des acteurs de communion, des artisans de paix et des témoins d’espérance. Il nous appelle à accueillir et à servir l’initiative de Dieu qui se manifeste à travers l’expérience des nombreux catéchumènes qui nous rejoignent et qui nous demandent de les aider à connaître ce Dieu qui s’est adressé à eux, ersonnellement. Il nous appelle encore à ne pas déserter nos territoires et à réinvestir de véritables lieux de proximités, pour renouveler notre attention vers les personnes isolées et vers tous ceux qui se sentent abandonnés, livrés à l’angoisse de leur avenir, proche ou lointain.
Être signe de contradiction, à la suite de Jésus, c’est peut-être prendre le risque de ne pas être compris, mais c’est surtout considérer que la puissance de l’amour dépasse toutes les formes de peurs et de divisions, pour permettre à chacun de trouver sa place. Voilà le culte que nous avons à rendre à Dieu. En recevant notre vie du Christ, spécialement lorsque nous communions à sa Parole et à son Corps, livrés pour nous, nous sommes conduits à participer à la mission de Celui qui a été consacré par l’onction et qui a donné sa vie pour la multitude. Nous sommes envoyés, comme l’écrit le prophète Isaïe dans la 1e lecture, pour « consoler tous ceux qui sont en deuil » et mettre « un habit de fête au lieu d’un esprit abattu » ; c’est alors que nous serons appelés, écrit-il, « Prêtres du Seigneur », « Servants de notre Dieu ».
Être signe de contradiction, c’est sans doute, aujourd’hui encore, « offrir d’être là, pour citer de nouveau le cardinal Aveline, priants parmi d’autres priants, demander humblement l’hospitalité, solliciter l’amitié et y être fidèle, envers et contre tout : tels furent les gestes fondateurs qui ont permis à l’Église d’Algérie de rester présente au peuple algérien ». Nous ne perdons jamais notre temps, même si cela peut être chronophage, lorsque nous sommes là où nous devons être, c’est-à-dire là où le Seigneur nous devance et nous attend. Il nous est donc nécessaire de revisiter nos priorités personnelles et communautaires, à partir de nos charismes et de nos missions spécifiques, pour ne pas nous disperser et pour ne pas passer à côté de ce que le Christ nous demande. Le travail synodal que nous vivons, tout au long de cette année, doit pouvoir nous conduire, chacun et ensemble, à redéfinir nos feuilles de route respectives. Le Seigneur saura nous éclairer si nous nous rendons disponibles à ce qu’il veut nous dire.
Aussi, en ouvrant les fêtes pascales, cette messe chrismale – qui nous rassemble – nous introduit dans la contemplation du Mystère du Christ et de son obéissance à la volonté du Père. Parce que, comme l’écrivait le futur Jean-Paul II – dès 1976 –, un signe de contradiction pourrait être « une définition distinctive du Christ et de son Eglise ». Durant ces jours saints, durant ce Triduum Pascal – en effet – nous serons conduits à laisser Jésus, « le Seigneur et le Maître », nous laver les pieds pour que nous fassions de même, dans le service les uns des autres. Nous serons conduits, dans la grâce de l’Esprit-Saint qui nous a consacrés, à recevoir son Corps et son Sang pour faire de notre vie une réponse d’amour à l’amour du Père. Nous le suivrons dans son chemin de croix et sa passion jusqu’au tombeau où, tel le grain de blé, il sera déposé comme une semence de Vie pour l’humanité et la Création entière. Alors, parce que nous l’aurons laissé nous transformer en profondeur, parce que nous aurons accepté de nous convertir encore un peu plus à son amour et à sa manière d’être et de faire, nous pourrons accueillir et célébrer la paix du Christ ressuscité, une paix désarmée et désarmante, humble et persévérante, une paix qui vient de Dieu, de Dieu qui nous aime tous inconditionnellement (cf. Léon XIV).
Amen.
+ Mgr François GOURDON,
Évêque de Saint-Dié.












