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« Moi je vous dis... »

Dimanche de la santé – 12 février 2023

 

Les équipes de pastorale santé vont approfondir cette année « Mt 5,17-37 ». À partir de la liturgie du jour du 12 février 2023, l’équipe de préparation du livret a choisi le thème : « Moi, je vous dis ».
« Une loi faite pour que nous ayons la vie, et la vie en abondance ! »  Et bien sûr, le diocèse de Saint-Dié se sent particulièrement appelé par ce thème, puisqu’il s’agit là de la devise de notre évêque, Mgr Didier Berthet ! 

La loi que Jésus « propose est exigeante, elle fait grandir, mène sur des chemins de liberté que nul n’aurait imaginés... »  
Qu’est-ce que la vie, la vie en abondance quand on est en Ehpad, isolé, en situation de handicap, ou malade ? À quoi servent les lois des hommes ? Contraindre ou protéger ? Et que nous dit Jésus, venu accomplir la loi ? Comment cela résonne-t-il en pastorale de la santé, à l’heure des débats autour des lois sur la fin de vie ?

Voici quelques extraits de récits recueillis par des visiteurs, dans lesquels les personnes ont exprimé un « je veux mourir » explicite.
 



Faites connaître vos témoignages de foi et de vie
à pastorale.sante@catholique88.fr

Nous transmettrons et partagerons...

 


« Je veux mourir »

D'après les récits de visite en pastorale santé.

N est atteinte de la maladie de Charcot, elle est bipolaire. Elle a déposé un dossier pour être accompagnée vers le suicide assisté, mais elle n’a pas « les sous ». Sa famille existe mais n’est pas présente.
Elle sollicite une responsable d’aumônerie X en lui disant qu’elle veut mourir, qu’il y a de nouveaux traitements en Suisse, qu’il faut l’aider. Elle est en demande et en parcours de soin, elle « embarque » tout le monde là où elle passe.

Arrivée dans sa chambre par hasard, la responsable d’aumônerie Y écoute son cri : « Je veux mourir.»
Puis elle raconte sa vie, la visiteuse écoute et lui laisse le chapelet.
N dit : « Vous repasserez me voir et m’apporterez la communion. »
Et les draps partent avec le chapelet.
Un autre lui est donné, dans le sac à main cette fois.
Et le sacrement des malades lui est proposé, elle le vit dans son village.

Les visiteuses reçoivent régulièrement des SMS de la part de N, même parfois pendant leurs vacances, elles évoquent les directives anticipées avec N. Elles se relayent et appellent des prêtres dans leur équipe.
Un autre aumônier d’hôpital Z reprend l’accompagnement, il reçoit des SMS chaque jour, ils prient ensemble.
N demande avec insistance à faire une retraite spirituelle. Une ancienne infirmière en soins palliatifs est interpellée par la voisine de N, appelle la DDPS pour savoir dans quel établissement cela pourrait se faire.
Un médecin coordinateur est consulté : peut-elle sortir de l’hôpital pour vivre ce qu’elle demande ?
N est très soucieuse du devenir de son chien, une réconciliation avec sa fille est tentée...
Juste pour prévenir, sans s’immiscer. Nous ne sommes pas des assistantes sociales... 

Dans les derniers jours peut-être, elle a entendu. Il n’y a pas eu de dialogue, elle a juste dit « merci », et a raccroché. Les enfants de N ont été placés en raison de sa bipolarité. Une aidante de N s’exprime : « Moi, j’en peux plus quand elle vient pleurer tout l’temps, qu’elle aille voir un psy...»
Elle a pu choisir les chants, les lecteurs, sa tenue... Même la marque de son tube de crème, tous les « détails » étaient pensés. Elle convoque la responsable d’aumônerie pour sa célébration et lui dit : « Tu liras, les autres vont pleurer... »
Vers la fin, elle ne pouvait plus parler, mais dans tout son parcours c’est vraiment comme sujet, ou animée de l’intérieur, qu’elle vivait. Il semble que de s’être sentie aimée et acceptée ait changé un peu les choses...
Au funérarium, les visiteuses consolent ceux qui sont autour de N dans la peine. Le chien pleure... 

À chaque endroit où elle a du aller, elle a pu être accompagnée par toute une série de relais qui se sont mis en place, jusqu’au café après la célébration.

La foi de cette personne était magnifique. Une équipe a pu être là jusqu’au bout, mais entendre le désespoir d’une personne demande de la force, de la ténacité, de la formation...
N disait : « Je veux mourir parce que je n’ai pas d’autres solutions. »

Une fille demande le passage de l’aumônier (prêtre) pour sa maman de 82 ans :
« – Mon père, je ne sais pas si ma mère va ac- cepter votre présence, elle a déjà fait une tentative de suicide, et demande maintenant le suicide assisté. Accepteriez-vous de lui donner le sacrement des malades ?
– Si oui, nous pourrions peut-être célébrer cela ensemble ?
– Depuis la mort de mon papa, ma mère a re- fusé qu’on lui parle de Dieu...»


L’aumônier est un peu tendu en entrant, il se présente, prêt à partir en cas de refus de l’accueillir...
Mais la dame acquiesce de la tête. Puis le prêtre propose une « petite » prière...  Le « oui » est prononcé.  
Puis la question du sacrement des malades est également posée...  Et c’est oui aussi.

À la fin de cette rencontre, le fils est content, et peu après sa mère décède dans la paix.


Une dame de 101 ans répète à chaque visite : « Je veux mourir, mais le Seigneur ne m’entend pas. »
« – Vous êtes encore obligé de me visiter, je suis encore là, à quoi je sers ?

– Voulez-vous prier saint Joseph, patron de la “bonne mort” ?  
Tant qu’il y a de la vie, nous nous laissons conduire par le Seigneur, même si nous ne comprenons pas toujours le pourquoi de la situation du moment. Voulez-vous que je prie pour que le Seigneur entende votre demande ? »

Un monsieur souffrait beaucoup, il appelle le responsable d’aumônerie : « Je veux mourir, je souffre trop... Voulez-vous prier ? »
Ils se sont pris dans les bras l’un de l’autre, et ont récité Notre Père, Je vous salue Marie, et une prière de bénédiction...

Il était complètement apaisé après.
Il est décédé le lendemain.

Un homme confie à la responsable d’aumônerie : « Je ne veux pas paraître dégradé devant mes enfants. »  
Peu de temps après, cette responsable rencontre la fille, en colère : « J’aurais préféré qu’il soit crevé... Regardez tous ces gens qui crèvent de solitude ! »
« Je ne veux pas qu’ils aient pitié, je ne veux pas devenir une charge pour eux... ! »

La responsable écoute, essaie de rejoindre chacun dans ce qu’il exprime.

Une dame relativement jeune, 55-60 ans, a de nombreux soucis de santé, en plus de problèmes familiaux. 
En confession, elle exprime son désir de mourir : « J’ai pas envie de continuer à vivre... Je sais que je vais me dégrader, que la maladie est là, j’ai un cancer du poumon. »

Deux mois après, l’aumônier la retrouve en soins intensifs : « Je voulais mourir mais aujourd’hui je dis : “Que la volonté de Dieu soit faite dans notre vie”. »
Elle se retrouve ensuite en médecine B, où elle va un peu mieux. Elle habite maintenant à proximité de l’hôpital, a traversé un divorce et la culpabilité qui va avec, fait face à la douleur du départ de ses filles, qui ne voulaient plus voir leur mère.

Quel sens pour sa vie après cela ?  Les soins l’épuisaient, les rendez-vous qui se succédaient semblaient l’enfermer dans la maladie...
Aujourd’hui, elle vit, elle est croyante.

Comment réagir quand la demande de mort résonne comme une provocation, un appel au secours?
Comment réagir quand cette demande fait partie intégrante de la maladie psychique ?

« J’vais m’jeter dans l’canal ! »,
« J’vais m’jeter par la f’nêtre ! » 

La visiteuse regarde la hauteur, sait que la personne n’a pas d’enfant, se pose la question de prévenir les soignants, tout en respectant la confidentialité...
« J’suis au bout d’ma vie » et ensuite « Je n’vois pas l’chemin » : la question du sens, de l’après, se dessine.

« J’veux mourir, mais je ne peux en parler avec personne dans ma famille, j’ai peur de leur faire de la peine, ils ne peuvent pas m’entendre. Voulez-vous parler de ma mort avec moi ? J’ai trop peur de blesser les miens. »

I est une infirmière qui ose entendre la demande de ses patients, dans son écoute. Elle ne pose aucun geste médical mais les rejoint dans leur ressenti. Beaucoup de ses patients décèdent naturellement après leur échange avec elle.
À tel point qu’elle s’interroge, elle est là pour soigner !

Lors du passage de l’aumônier auprès de son père croyant, sa fille sort le chapelet en disant : « Oui, il est croyant ».
Son père réagit alors : « C’est trop tard, je suis malade... » Et il décède deux jours après.

Comment savoir quelle sera notre réaction face à la douleur et à la mort?
Au moment du passage, certains croyants perdent la foi.

Une personne est accompagnée par une visiteuse, puis elle entre en fin de vie et lui dit un jour :
« Vous ne me reverrez plus, nous allons avoir un coup d’état ! »
Elle est décédée deux jours après.  
C’est la politique qui la « tenait ».

En Ehpad, une responsable d’aumônerie est présentée par la mère, à sa fille, atteinte d’une sclérose en plaques.
Celle-ci dit très doucement : « Je veux mourir, je veux partir, je deviens trop dépendante... »
Et la mère s’adresse à la visiteuse en disant : « Je compte sur vous... »

Quelle est cette mission délicate ?

Une personne atteinte de la maladie de Charcot témoigne de son envie de vivre : « Je communiquerai avec mes yeux ! »
Elle apprend à communiquer par mouvements de cils...

 

Dossier réalisé par Raphaëlle Claudel et Baptiste Vinciarelli
Église dans les Vosges – Janvier 2023

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